Dans le cadre de l’élaboration du SCoT de la Riviera Française, atopia et la Communauté de la Riviera française – CARF ont lancé début juin une série de randonnées paysagères immersives, visant à nourrir la réflexion territoriale par une approche sensible du terrain. La mission au global portera sur trois sessions de randonnées avec des ambitions différentes :
– une session « état des lieux » en phase diagnostic ;
– une session « prospective » pour le projet stratégique ;
– une session « action » pour les orientations.
#1 Un état des lieux entre Roquebrune-Cap-Martin et Gorbio
Du béton à la terre, entre mer et montagne : une traversée par le paysage

Depuis le secteur de Carnolès, au pied du torrent de Gorbio, la randonnée a permis d’aborder les impacts de l’urbanisation sur le cours d’eau. Les travaux de couverture de sa partie aval, conjugués à l’accumulation de sédiments et de déchets urbains, soulèvent de réelles problématiques d’embâcles et de gestion hydraulique.
En remontant le torrent, aujourd’hui presque invisible sous les couches d’urbanisation et de projets immobiliers, les échanges ont mis en lumière plusieurs enjeux majeurs :
– les risques liés aux ruissellements sur fortes pentes,
– l’abandon des pratiques agricoles fragilisant les sols,
– le manque criant d’espaces de fraîcheur,
et la progression de l’artificialisation, malgré l’augmentation des températures et des périodes de sécheresse.
Aux abords des villages perchés, la multiplication de constructions questionne la pérennité du caractère patrimonial et la silhouette « perchée » du village. Depuis un point haut de Gorbio, les discussions ont porté sur les risques d’éboulements et d’incendies, renforcés par le changement climatique : l’habitabilité et la sécurité de ces secteurs sont questionnés aujourd’hui.
La randonnée s’est conclue sur l’exploitation « Gorbiologique », en compagnie de Philippe, maraîcher bio, qui nous a partagé son expérience de cultiver dans un relief contraint et avec une ressource en eau de plus en plus vulnérable. Entre la problématique d’accès au foncier et la diminution de moitié des exploitations agricoles depuis 2010, l’accès à une alimentation locale pour tous constitue un enjeu majeur sur le territoire.
#2 Session prospective : La mer, une frontière vivante
🚶♂️ Depuis le vieux port de Menton, les échanges ont révélé un littoral vulnérable, menacé par la montée des eaux, les submersions et la pollution. Jean-Christophe Martin (Gemapi – CARF) a souligné le risque d’ennoiement permanent des zones basses, aggravé par des aménagements passés comme la fermeture des vallons côtiers.
🌿 Nous avons par la suite exploré le rôle crucial des espaces naturels. Madame Mary Claire-Lise , du Conservatoire du littoral, a rappelé l’importance de maintenir ces équilibres écologiques sous forte pression. Vincent Maheut, en charge du PLU de Menton, a conforté ce discours : face à la pression foncière et climatique, il s’agit aujourd’hui de mieux préserver ces espaces, sans compromettre le développement du littoral.
🍋 Le lien à la terre a pris forme à travers l’agrumiculture locale : Stephane Constantin, de l’Association pour la promotion du citron de Menton, a retracé l’histoire de cette filière, du déclin aux efforts de relance après l’obtention du label IGP en 2015. Aujourd’hui, comment inscrire durablement cette production locale dans un territoire soumis à de fortes tensions foncières et climatiques ?
🏛️ Ensuite, David Rousseau, chef de projet Ville d’Art et d’Histoire de Menton, nous a offert un récit vivant de l’évolution du front de mer, entre ports, plages et urbanisation. L’occasion de re-questionner notre rapport, passé et futur, à cette frontière mouvante entre terre et mer.
🌊 Pour clôturer, Hugo Allazio, nous a alertés sur la fragilité croissante des herbiers de posidonie en Méditerranée. Ces plantes sous-marines, essentielles à la biodiversité et au stockage du carbone, sont de plus en plus dégradées par le trafic maritime – notamment les croisiéristes – et par la pollution. Leur destruction, souvent invisible, reflète les limites d’un usage intensif du littoral.

#3 La vallée de la Roya – un territoire-laboratoire face aux défis climatiques, entre agriculture de montagne et mémoire des lieux
Cette dernière immersion nous a menés au cœur de la vallée transfrontalière de la Roya : entre Parc national du Mercantour, vallée des merveilles et gravures rupestres, elle conjugue patrimoine naturel d’exception et agriculture de montagne.
🌿 À Breil-sur-Roya : rencontre avec les acteurs des filières de montagne
Nous avons évoqué avec Angello Smaniotto les cultures en terrasse, l’Espace-Test Agricole, l’AOC Olive de Nice et l’élevage ovin en Haute-Roya, autant de pratiques qui témoignent d’une agriculture de montagne riche. Margaux Maurisset et Laure Tariel nous ont dressé le portrait de ces filières :
🫒 L’olive, portée par une cinquantaine d’oléiculteurs et animé par la CUMA oléicole de Breil, est une filière vivante mais dépendante à l’Italie pour la trituration, ce qui limite la valorisation locale des productions.
🌰 La châtaigne, accompagnée par le Conservatoire de la Châtaigne est une filière qui vise à réhabiliter les châtaigneraies en friche et valoriser la transformation des fruits.

🏛️ Une vallée façonnée par l’histoire… et les risques
Guidés par Sébastien Olharan, maire de Breil-sur-Roya, ainsi que par Leah Sekiou et Anne Huet Lochin de la CARF, nous avons évoqué les fortes contraintes pesant sur le paysage urbain. Jean-Christophe Martin nous expose les arrêtés de péril issus de l’instabilité des sols gypseux, aggravée par la tempête Alex. Nous avons échangé autour des démarches PVD, qui ouvrent des pistes pour repenser l’habitabilité de certains îlots fragilisés. Cette situation interroge l’avenir du bâti dans ces secteurs : comment reconstruire après la tempête ? Dans ce contexte, le projet de tiers-lieu à la gare de Breil apparaît comme une opportunité innovante.
🔧 Des filières en renouveau
A La Brigue, nous avons découvert deux lieux où se construit un avenir plus durable : 🏡 La Manufacture de la Roya, où la transformation du bois, la valorisation de la pierre sèche et la récupération de la laine participent à une économie locale renouvelée et 🍇 La Ciappea, association engagée dans la remise en culture des anciens vignobles, des plantes aromatiques et de la vigne, au pied de la via Ferrata.
Ce parcours révèle un territoire à la fois fragile et innovant, où les initiatives locales fondées sur la coopération, la transmission et la valorisation des ressources.
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